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j'ai utilisé mon filtre ND Grad
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Détail du tapis de feuilles mortes après post-traitement
La focale détermine l'importance que l'arrière-plan occupera dans la composition. Plus la focale sera courte, plus l'arrière-plan sera rejeté au fond de l'image. Plus elle sera longue, plus l'arrière-plan sera présent. C'est ce que j'ai essayé de vous montrer sur les 3 images de gauche.
 

L'image d'origine a été réalisée avec un 21 mm dont l'angle de champ est de 90° en diagonale.
J'ai rétréci ou agrandi l'image pour simuler un 15 ou un 35 mm. C'est certes un peu approximatif mais ça vous donne tout de même une idée.
 

Avec le 15 mm, la place occupée par les reflets semble bien moins importante. En se positionnant plus bas, une telle focale serait parfaite pour magnifier le 1er plan, mais ce n'est pas ce que je recherche pour cette image.
 

Avec le 35 mm, j'ai perdu mon tapis de feuilles dorées. Mais quelques pas en arrière m'auraient permis de le retrouver. Le problème vient surtout des berges boisées qui deviennent beaucoup plus présentes dans la compo. Elles sont utiles pour border l'image latéralement, mais je ne veux pas les voir prendre trop d'importance.
 

Un 20 ou un 24 mm me semblaient pouvoir procurer le juste équilibre.  Ça tombait bien : mon Zeiss 21 mm était monté sur le boîtier.
35 mm
∢ 65°
21 mm
∢ 90°
15 mm
∢ 110°
Source : Géoportail IGN
Survolez l'image pour voir
ce que ça aurait donné
sans les feuilles.
© Philippe GELUCK
mettre le post-traitement au service de son intention initiale
soigner ses réglages (exposition, netteté, mouvement)
soigner son cadrage (focale, 1er plan, composition)
ne pas se pointer n'importe quand (saison, horaire, marée, météo)
Un filtre dégradé neutre sert à compenser les écarts de luminosité.  Mais dans cette situation, je ne pouvais pas l'utiliser de façon conventionnelle : je ne voulais pas assombrir le ciel, mais plutôt les zones de hautes lumières au milieu de l'image.
 
Descendre le filtre pour amener la zone la plus sombre au niveau des reflets aurait créé une zone de démarcation très visible dans le ciel qu'il aurait été difficile de corriger lors du post-traitement.
 
J'ai donc préféré basculer totalement le porte-filtres pour utiliser mon ND Grad "à l'envers" (si je ne suis pas clair, survolez l'image).
Le ciel n'est plus affecté, et l'utilisation d'une transition Soft plutôt que Hard rend imperceptible la zone de démarcation.
 
À propos de démarcation, il reste une bande non filtrée en bas de l'image. Pour limiter la différence d'exposition, j'ai choisi d'utiliser un filtre 0,6 (- 2 IL). Avec un tel écart de luminosité, un 0,9 (- 3 IL) aurait été plus approprié. Mais il m'aurait vraiment compliqué la vie au moment de la retouche.
 
L'idéal aurait été de choisir le bon coefficient de correction et de basculer un peu plus mon appareil vers l'avant. Cette bande en bas de l'image se serait ainsi retrouvée dans la partie qui allait être croppée lors du recadrage en 4:3. Mais j'étais un peu pris par le temps et j'avoue ne pas y avoir pensé.
Nikon D810
Zeiss Distagon 21 mm ƒ/2.8
Lee Filters ND Grad 0,6 Soft
Enfin, en boostant un peu la saturation des oranges dans Photoshop, j'allais pouvoir jouer sur les couleurs complémentaires avec les feuilles mortes et le ciel.
 

Ce qu'il me semble important de retenir, c'est le soin qu'il faut apporter au positionnement de son trépied. Pour fignoler sa composition, il s'agit bien de se déplacer physiquement. Faire tourner légèrement la tête du trépied, ou bien jouer de la bague de zoom, n'a pas du tout le même effet ! Il faut se BOUGER. Il ne s'agit généralement que de quelques dizaines de centimètres. Parfois moins. Mais cela suffit à faire la différence entre un cadrage soigné et un cadrage bâclé.
Le capteur de mon Nikon D810 produit des fichiers au format 24 x 36 mm.
 
Je n'ai jamais été un grand fan du format 3:2, surtout en cadrage vertical.  Et cette image ne fait pas exception à la règle : lorsque j'ai mis l'œil dans le viseur, j'ai trouvé la compo trop étirée verticalement.
 
J'ai donc envisagé un format 4:3 dès la prise de vue.
Mais je me suis bien gardé de cropper l'image à l'enregistrement ! Il est toujours préférable de disposer du maximum de surface exploitable. On a ainsi tout loisir de recadrer son image lors du post-traitement. Tailler dans les pixels existants est facile. Inventer ceux qu'on a pas enregistrés l'est nettement moins !
 
J'ai donc rogné 4 mm en haut de l'image afin de retrouver un meilleur équilibre. Si vous survolez la photo de gauche avec votre souris, vous verrez le format initial après "l'amputation".
 
Beaucoup vont hausser les épaules en se disant "Ouais ... il en manque juste un bout".
 
Sur la droite, j'ai redimensionné ma version 4:3 à la même hauteur que le format 3:2. La photo n'est donc pas moins haute, mais plus large. Et la composition ne semble plus être la même. La proportion de ciel est beaucoup plus satisfaisante. Les reflets semblent prendre plus de place. Le ruisseau se dessine mieux. Le premier plan de feuilles est plus présent.
 
Certes, tout ça est un peu subjectif. Mais c'est en tous cas mon opinion et je la partage
Le choix du format
 
avoir les idées claires sur son intention photographique
En bref
 
Contrairement à mon habitude, le fichier RAW n'est pas exposé à droite, c'est le moins qu'on puisse dire ! Mais je n'avais pas trop le choix si je ne voulais pas crâmer mes Hautes Lumières.
 
Je ne vais pas détailler chacun des ajustements réalisés sur le fichier : les principaux sont indiqués sur l'image de gauche.
 
Il me semble plus utile d'insister sur la bonne façon de s'y prendre.
Post-traiter une photo ne consiste pas à tirer sur les curseurs au petit bonheur la chance jusqu'à ce que le résultat vous convienne.
 
À force de tâtonner, on finit souvent pas obtenir une image à peu près présentable. Mais pour reproduire ce type de traitement sur l'image suivante, je vous souhaite bien du plaisir !
 
La phase de post-traitement n'est pas un jeu de hasard.
Elle sert à restituer l'atmosphère que vous aviez imaginée pour votre photo lorsque vous étiez sur le terrain. Votre but peut être de refléter la réalité. Ou bien d'inventer une ambiance aussi surprenante que créative. Peu importe.
Mais vous devez savoir ce que vous voulez.
 
C'est comme ça qu'on se forge "un style" et c'est comme ça qu'on progresse.
Le post-traitement
 
L'ajustement du ND Grad
 
Une ouverture de ƒ/11 était suffisante pour obtenir la profondeur de champ dont j'avais besoin.
J'ai callé mon expo pour ne pas brûler mes Hautes Lumières et j'ai obtenu un temps d'exposition de 15 secondes à 64 ISO.
C'était loin d'être suffisant pour filer les rares nuages présents dans le ciel. Le vent avait le bon goût de venir de face, ce qui renforce l'effet de convergence produit par l'utilisation du grand angle. Mais ça ne soufflait vraiment pas fort.
 
J'ai donc fermé à ƒ/16 pour poser 30 secondes. Mais c'était à peine mieux.
Je ne voulais pas fermer à ƒ/22 à cause des problèmes de diffraction. Et le filtre neutre le moins sombre dont je disposais m'aurait fait tomber 3 IL. Ce coup là, c'était trop.
 
J'ai donc choisi de descendre à 32 ISO et de poser 1 minute à ƒ/16.
Les p'tits nuages étaient enfin comme je l'espérais : un peu de mouvement, mais pas trop.
Les réglages adoptés
 
J'avais précédemment choisi d'utiliser mon 21 mm en cadrage vertical.
J'avais aussi déniché un tapis de feuilles mortes toutes dorées pour me faire un premier plan sympa.
J'avais enfin choisi de déployer mon trépied à mi-hauteur pour bien étager mes plans.
 
Le premier truc qui m'a sauté aux yeux a été le ruisseau qui serpentait et qui prenait bien la lumière.
Son dessin me fournissait une ligne idéale pour guider le regard dans l'image.
En me déplaçant un peu latéralement, j'ai pu me débrouiller pour le faire partir de l'angle inférieur droit.
Et en avançant d'une vingtaine de centimètres, j'ai réussi à ce que mes feuilles occupent tout l'espace en bas à gauche.
 
Comme on vient de le voir, j'avais décidé de recadrer l'image au format 4:3.
Je ne me suis donc pas trop préoccupé du ciel et j'ai réglé ma bascule verticale pour que le bas de mon trépied ne s'invite pas dans la compo. En légère plongée et avec un grand-angle, mieux vaut y être attentif !
Sur l'image de droite, la proportion de ciel n'est évidemment pas la bonne. Mais peu importe puisque j'aurai tout loisir de cropper lors du post-traitement afin de retrouver un équilibre proche de la règle des tiers.
La construction de l'image
 
J'avais déjà évoqué ce sujet dans le tuto "Bien cadrer avec son trépied" : on ne choisit pas cette hauteur au pif
 
Si je m'étais positionné très bas, j'aurais été plus près de mon 1er plan ce qui aurait donné beaucoup plus de présence à ces jolies feuilles mortes. Mais j'aurais été obligé d'adopter une contre-plongée et je ne voyais presque plus mon 2nd plan.
C'est un peu ennuyeux puisque ce 2nd plan est précisément le sujet de ma photo.
 
Si au contraire je m'étais positionné trop haut, je prenais le risque d'écraser les perspectives.
 
Pour trouver la bonne hauteur, il suffit de garder l'œil dans le viseur et de plier les genoux.
Élever ou abaisser son point de vue de quelques centimètres suffit à révéler ou à masquer certaines parties de l'image.
Ainsi bien sûr qu'à étager ces différents plans dans le sens vertical.
Ça n'a rien de compliqué : il suffit de RE-GAR-DER.
La hauteur du trépied
 
Télé ou grand angle ? C'est évidemment la première question qui vient à l'esprit.  Si au bout de l'aber il y avait eu une île ou bien un phare, il n'aurait pas été idiot de rechercher quelques cadrages avec un petit télé. Cela aurait permis de donner la vedette aux reflets tout en meublant agréablement le fond de l'image.  Mais ici, l'arrière plan est vide et je ne peux pas faire reposer ma compo que sur les reflets.  Je vais donc utiliser un grand angle. Le ruisseau, l'aber, la convergence des lignes, plaidaient pour un cadrage vertical. Restait à choisir le bon objectif.
Le choix de la focale
 
Avec une focale de 20 mm ou moins, n'importe quoi peut se transformer en 1er plan. Il suffit de s'en approcher beaucoup et de soigner sa mise au point. Mais ça vaut tout de même le coup de rechercher quelque chose qui sort un peu de l'ordinaire.
 
En empruntant le sentier des douaniers sur quelques dizaines de mètres, j'ai soudain repéré un tapis de feuilles mortes toutes dorées. Peut être haussez-vous les épaules en vous disant que quelques feuilles ne changent pas grand chose.
Et bien si. Survolez l'image de droite avec votre souris pour vous en convaincre.
 
En me positionnant correctement, ces feuilles pouvaient meubler agréablement le bas de mon image et donner de la profondeur à ma composition. Elles étaient bien sûr moins sexy en conditions réelles. Leurs couleurs flamboyantes étaient un peu passées et la faible luminosité ne les mettait vraiment pas en valeur. Mais je savais que le post-traitement permettrait de leur refaire une beauté.
Le choix du 1er plan
 
Comme vous pouvez le voir sur la carte IGN ci-dessus, le GR34 longe le littoral des 2 côtés de l'aber.
L'ouverture de celui-ci étant orientée vers le nord-est, c'est depuis la rive gauche que se présenteront les axes de prise de vue les plus intéressants.
La nuit m'a empêché d'aller musarder de l'autre côté. Mais ça vaudrait sans doute le coup d'aller y jeter un œil.
Le choix de l'emplacement
 
Pour profiter des reflets, il faut évidemment que la vase soit découverte.
Ça n'est pas une contrainte pour cette image car la Baie d'Enfer est plate et peu profonde. Elle n'est totalement recouverte que lors des grandes marées.
 
Mais c'est l'exception qui confirme la règle : quand on fait des photos sur le littoral, il faut toujours se préoccuper des horaires de marée.
Pour des raisons esthétiques bien sûr, mais aussi et surtout pour des raisons de sécurité.
 
Pour tout savoir sur la question, c'est ici : "Bien choisir son horaire de marée".
Et la marée ?
 
Plus le soleil est haut, plus la réverbération est forte.  J'ai donc préféré attendre la fin d'après midi pour éviter toute lumière directe sur la vase mouillée.  Début novembre, le soleil se couche à 17h50.  Je me suis donc pointé vers 17 h ce qui me laissait largement le temps de réaliser quelques images.  Et pour avoir du temps, j'en ai eu : la réverbération était si forte que j'ai dû attendre que le soleil soit vraiment couché pour ne pas complètement cramer mes hautes lumières. J'ai réalisé plusieurs clichés, mais celui que j'ai finalement retenu a été pris à 18h30, soit ¾ d'heure après que le soleil ait disparu derrière l'horizon ! Je ne me souviens pas avoir déjà poussé le bouchon aussi loin à l'heure bleue.
Le choix de l'heure
 
Outre la bonne orientation solaire, il faut aussi un ciel plutôt dégagé.
 
Il est possible que quelques nuages viennent contrarier vos plans.
Mais c'est extrêmement rare en Bretagne, surtout durant les mois d'hiver
L'influence de la météo
 
Lorsque vous étiez mômes, votre instit' vous a raconté que le soleil se levait à l'est et se couchait à l'ouest. Au mois de mars et au mois de septembre, ça n'est pas complètement faux. Mais en juin ou en décembre, c'est du grand n'importe quoi !  Comme vous pouvez le voir sur le graphique de droite, il y a de grosses différences tout au long de l'année. Et plus on s'écarte de l'équateur, plus cette différence est marquée.
 
Le sujet de ma photo est la réflexion de la lumière sur la vase.
Celle-ci est extrêmement intense et l'écart de luminosité peut très  largement dépasser la dynamique de nos capteurs.
 
Il faut proscrire toute lumière frontale et ce n'est donc pas le matin qu'il convient de se rendre sur site.
 
Comme je voulais éviter d'avoir une lumière trop directe, j'ai choisi d'attendre que le soleil soit bas sur l'horizon. Et compte tenu du relief de l'endroit, mieux valait privilégier les mois d'hiver : en novembre, j'allais avoir la lumière du couchant dans le dos et dans l'axe de la Baie d'Enfer. Parfait !
Le choix de la saison
 
J'étais passé à cet endroit une année précédente, mais sans mon appareil.
 
J'avais alors été séduit par les reflets de la lumière sur la vase.
Ces couleurs toutes dorées me rappelaient la peau des James Bond girls de Goldfinger.
 
J'avais alors appuyé sur la touche mémoire de mon GPS avec la ferme intention de revenir y faire des photos un des ces jours.
Pourquoi cette image ?
 
c'est où ?
pourquoi cette image ?
le choix de la saison
l'influence de la météo
le choix de l'heure
et la marée ?
le choix de l'emplacement
le choix de la focale
le choix du 1er plan
la hauteur du trépied
le choix du format
la construction de l'image
l'ajustement du ND Grad
les réglages adoptés
le post-traitement
en bref
La photo à été prise dans les Côtes d'Armor, entre Paimpol et Perros-Guirec, sur la commune de Plougrescant.
 
Si ça vous amuse d'aller faire des photos sur ce spot, prenez la direction de "La Roche Jaune" vers le sud-est sur 1,2 km depuis le bourg de Plougrescant. Puis garez vous près du Moulin d'Arrère au lieu dit "L'Enfer". Vous y êtes  ;-)
 
Pour les plus geeks d'entre vous : 48.50.026N 3.13.1631W
C'est où ?
 
 
Dans cette nouvelle rubrique, je vous propose de décortiquer une de mes images.
Comment m'y suis-je pris ? Quelles étapes ai-je suivi ? Quels choix ai-je effectués et pourquoi ?
 
L'idée n'est pas de vous faire adopter ma méthodologie de A à Z.
Mais si vous retenez deux ou trois trucs qui vous semblent importants, et que vous vous appliquez à les mettre systématiquement en pratique, je n'aurai pas perdu mon temps.
 
J'ai choisi d'utiliser l'image ci-dessous, non pour ses éventuelles qualités esthétiques, mais plutôt pour son potentiel pédagogique.
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